mardi 22 février 2011

Boris Boillon, la star de la diplomatie française?


On parle actuellement beaucoup de Boris Boillon et pour des raisons très diverses. Que cela soit pour ses écarts de language face aux journalistes tunisiens ou pour sa photo de profil sur le site copainsd'avant qui pourrait faire la une du magazine GQ, on a rarement autant entendu parler d'un ambassadeur. Celui que Sarkozy surnomme "mon petit arabe" était déjà apparu dans les médias il y a quelques semaines, entre autre dans un reportage d'envoyé spécial et sur le plateau du Grand Journal du temps où il était encore ambassadeur de France à Bagdad.

Il faut dire que l'individu est plutôt télégénique. A 41 ans, sa belle gueule et sa proximité avec le Président en font indéniablement la superstar de la diplomatie française qui, comme en général toutes les diplomaties, ne traine pas une image très glamour. Pourtant, son détracteur le plus virulent jusqu'ici s'avère être une femme! Marine Le Pen invitée de l'émission Dimanche Soir Politique sur i>Télé, s'en est violemment prise au tout nouvel ambassadeur de France en Tunisie. Brandissant une photo de Boris Boillon provenant du site copainsd'avant torse nu sur une plage, un peu comme l'avait fait en son temps Christine Boutin et sa Bible à l'Assemblée Nationale, elle a demandé la démission immédiate du diplomate pour "l'honneur et pour la dignité des Français mais aussi pour la dignité des Tunisiens".

Il est vrai que lorsqu'il s'agit de rendre sa dignité à un peuple opprimé, la famille Le Pen est en première ligne! Jean-Marie a beaucoup œuvré pour la liberté du peuple algérien pendant la guerre d'Algérie, c'est bien connu. Le problème de Marine Le Pen, c'est qu'elle attaque plus Boris Boillon pour ce qu'il est : un homme beau, musclé, inscrit sur le site copainsd'avant, plutôt que sur ce qu'il a dit! Un ambassadeur se doit de montrer un minimum de retenue dont M. Boillon n'a pas franchement fait preuve, mais il a au moins le mérite de connaître plutôt bien le Proche et Moyen Orient et d'être parfaitement arabophone.

Boris Boillon a clairement dérapé en qualifiant les questions des journalistes tunisiens de "nulles". Mais si Mme Le Pen s'attachait plus au fond qu'à la forme, elle aurait pu s'exprimer sur la stupidité de l'Ambassadeur. Il explique clairement aux journalistes qu'il ne se laissera pas piéger en faisant des déclarations pouvant faire le "buzz" mais il ne remarque même pas la caméra qui ne perd pas une miette des propos qu'il va tenir devant ces journalistes. Des propos qui feront peu de temps après le "buzz" sur Facebook et la une des journaux...

jeudi 3 février 2011

Facebook a 7 ans!


On le sait bien, dans le petit monde d'Internet tout va très vite! Alors que Google semblait intouchable, un petit nouveau est arrivé et s'est fait sa place au soleil en trois coups de cuillère à pot : Facebook. Aujourd'hui c'est l'anniversaire de l'incontournable réseau social qui, n'en déplaise à Valérie Pécresse, n'a pas un an mais sept. C'est donc le bon moment de tirer un petit bilan de cette success story et de voir les enseignements que nous, utilisateurs, en avons tiré.

En sept ans Facebook a conquis plus de 500 millions d'utilisateurs à travers le web, a fait de son créateur, Mark Zuckerberg, le plus jeune milliardaire du monde, a été l'objet d'un film de David Fincher (The Social Network) et a été à la base du concept de "révolution 2.0" qui aurait largement contribué à la chute de Ben Ali en Tunisie. Ça fait beaucoup pour un seul site, d'autant plus que sa création part de l'idée toute simple de mettre l'internaute en relation virtuelle avec ses amis dans un but purement récréatif.

Récréatif, le réseau social ne l'est pas resté longtemps. Ses utilisateurs l'ont vite compris mais certainement pas aussi vite que Zuckerberg. Il a rapidement eu l'idée de le monétiser au travers d'un système publicitaire personnalisé à l'extrême. Car Facebook sait tout de nous, les services secrets du monde entier seraient d'ailleurs prêt à beaucoup de choses pour avoir un accès illimité aux serveurs du réseau.

Facebook est rentré insidieusement dans nos vies que nous partageons dorénavant entre la réalité et le virtuel. Il a tout changé! Adieu Meetic, on drague maintenant sur Facebook : le champ "en couple" ou "célibataire" rajouté par Zuckerberg peu de temps après le lancement du site est l'élément qui a fait décoller le réseau, on se donne des rendez-vous, on poste des photos... C'est comme écrire notre autobiographie en temps réel sur des serveurs situés à 12 000 km de là. Tout le monde est concerné, les boîtes de com' emploient des gens à plein temps pour gérer leur page Facebook, et les politiques, qui ont bien compris l'intérêt de la chose, s'y mettent de plus en plus quand bien même ils n'y connaissent rien.

Devant cette emprise tentaculaire de Facebook sur nos vie, il s'agit donc de respecter quelques principes de base pour éviter les ennuis:

- Ne surtout pas lancer l'idée d'un apéro géant quelconque, où que ce soit en France sous peine de finir au poste parce que vous avez tapoté sur votre clavier pour organiser un rassemblement non autorisé par la loi.
- Ne pas non plus lancer l'idée d'un apéro saucisson/pinard à la Goutte d'Or. Vous passeriez pour un catholique ultra-conservateur fascisant (ce que vous êtes peut-être) et vous finiriez au poste. De manière générale l'apéro est à proscire sur Facebook!
- Ne pas dire du mal de son patron entre collègues sous peine d'être viré pour ensuite être débouté aux prudhommes.
- Sélectionnez les photos que vous postez! Si votre patron voit une photo de vous à moitié à poil en train de faire la fête alors que vous vous êtes fait porter pâle le jour même, ça risque de ne pas passer.
- Surtout ne mentez pas à votre femme sur votre emploi du temps. Il y aura toujours un bon copain pour vous envoyer un chaleureux message sur votre wall révèlant à tous vos contacts que vous étiez dans un endroit dans lequel vous ne devriez pas vous trouver. Ça peut être pire si l'endroit se transforme en une personne...

Facebook tu as rendu nos vies encore plus compliquées qu'elles ne l'étaient déjà mais bon anniversaire quand même! Sept ans ça se fête. Quant à vous j'espère que vous "likerez" cet article sur votre page Facebook...

L'école de la Légion d'honneur ou la faillite du système éducatif français?

L'émission "Complément d'Enquête" de France 2 du 31 janvier a diffusé un reportage sur la prestigieuse école de la Légion d'honneur. Assez méconnue des français, cet établissement secondaire voulu par Napoléon accueille depuis deux siècles les jeunes filles comptant dans leur arbre généalogique des ancêtres ayant été décorés de la Légion d'honneur, de la Médaille militaire ou encore de l'Ordre national du mérite.

Bien qu'étant public, l'établissement fonctionne "à l'ancienne" : pas de mixité, port de l'uniforme et révérence obligatoire, respect et travail sont bien entendu de rigueur et l'obéissance à l'autorité est une condition non négociable pour espérer faire un jour partie des statistiques affichant 100% de réussite au bac dont 90% de mention! Toutes ces valeurs peuvent sembler un peu désuètes, mais nul doute que beaucoup d'enseignants titulaires d'un poste dans un établissement public "classique" révéraient de pouvoir en faire appliquer certaines. Ne serait-ce seulement pour enseigner plutôt que de faire la police. Et c'est là que le bât blesse. Dans un pays où l'instruction se veut gratuite, obligatoire et assurée par l'Etat, comment expliquer l'existence un fossé aussi énorme entre un établissement public comme l'école de la Légion d'honneur et tous les autres?

Il est utile de le répèter, l'école de la Légion d'honneur est un établissement public, et pourtant tout l'oppose aux autres structures éducatives publiques dites "classiques". On y dispose de gros moyens, il y a peu d'élèves par classe, seules les filles y sont admises et comble du comble pour une école républicaine, on y accède de façon héréditaire puis par sélection sur dossier. En effet, l'école reçoit quatre fois plus de demandes d'inscription qu'elle ne dispose de places. Être bien née ne suffit donc pas il s'agit aussi d'avoir un dossier scolaire béton.

Napoléon a créé l'école à la suite de la bataille d'Austerlitz pour éduquer les orphelines des soldats tués et décorés de la Légion d'honneur. Force est de constater qu'aujourd'hui la Légion d'honneur n'est plus franchement attribuée dans les mêmes conditions et les pensionnaires de l'école ne sont plus des orphelines pupilles de la nation. Bien évidemment l'école accueille toujours des jeunes filles issues de milieux défavorisés dont l'arrière arrière-père a été décoré pour service rendu à la République. Mais aujourd'hui, bien rares sont les français "lambda" à être décorés. Lorsque le journaliste du reportage fait remarquer à la superintendante de l'école que ce critère de sélection héréditaire est totalement inégalitaire et contraire aux principes républicains, cette dernière rétorque qu'elle n'y voit aucun problème et qu'il s'agit d'un juste retour des choses de la part de la France aux descendants de ceux qui lui ont beaucoup apporté.

Seulement, au 21e siècle la Légion d'honneur n'a pas du tout la même signification qu'il y a 200 ans et elle est uniquement attribuée à une élite. Aucune raison ne justifie que les filles de Daniela Lumbroso ou de Michael Schumacher (oui, oui il a la Légion d'honneur!) aient droit à des faveurs de l'éducation nationale alors que beaucoup d'élèves de milieux sociaux bien plus défavorisés auraient tout autant, si ce plus, besoin d'un enseignement d'une telle qualité.

Si l'école de la Légion d'honneur a par bien des aspects un petit côté "réac'" qu'il serait bien mal venu de transposer dans tous les établissements publics, il faut bien admettre que la méthode fait ses preuves. Cela montre bien le paradoxe du système éducatif français qui se veut être à la fois accessible au plus grand nombre tout en délivrant un enseignement d'excellence sans pour autant s'en donner réellement les moyens. Cela a conduit l'éducation nationale à faire du bac un passage obligé pour chaque élève en dévalorisant un diplôme qui, il y a 50 ans était souvent suffisant pour trouver travail correct. Aucune sélection n'est effectuée pour rentrer au lycée alors qu'elle serait absolument nécessaire pour éviter les erreurs d'orientations et élever le niveau scolaire, quitte à baisser le nombre de bacheliers et ainsi valoriser les filières professionnelles.

L'école de la Légion d'honneur est donc bien l'illustration d'un système éducatif à deux vitesses qui utilise des moyens que l'on oserait jamais généraliser à toutes les structures publiques. Il ne s'agit ici bien évidemment pas d'utiliser des critères héréditaires, d'exiger la révérence et le port de l'uniforme mais d'augmenter les moyens, de diminuer les effectifs des classes et de sélectionner et orienter les élèves suivant leurs capacités. Le tort que réprésente l'école de la Légion d'honneur n'est pas tant celui d'exister, bien que les valeurs qu'elle prône ne soit pas franchement en adéquation avec celles de la République, mais de marginaliser les résultats de l'ensemble de l'éducation nationale qui ne fonctionne clairement pas selon les mêmes principes, ni avec les mêmes moyens.