Le personnage semble réservé, effacé, presque introverti. Rien à voir avec un Kadhafi ou un Saddam Hussein. Pourtant, la révolte syrienne risque de réserver le même sort à Bachar al-Assad que celui qu’ont subit ses défunts «collègues». Son caractère posé et réfléchi pourrait presque laisser penser qu’il s’agit d’un despote éclairé mais cela fait pourtant près de neuf mois, depuis le début de la contestation populaire en Syrie, qu’il est rangé par les médias au même niveau que les Ben Ali, Moubarak et consorts.
Bachar al-Assad a une trajectoire particulière. Contrairement à la plupart des dictateurs du monde arabe il n’a pas pris le pouvoir par la force mais par népotisme. Et quand bien même, Bachar n’est qu’un plan B, il n’aurait jamais du accéder au pouvoir. C’est Bassel, son frère aîné de quatre ans qui a été choisi par leur père Hafez pour lui succéder. Bassel a été programmé pour prendre le pouvoir, il est charismatique, turbulent et viril, tout le contraire de son frère qui s’accomode plutôt bien de cette répartition des rôles qui lui permet de rester dans l’ombre et de vivre sa vie.
La sortie de route qui bouleverse son destin
Bachar imagine certainement que sa vie est déjà toute tracée. Après son doctorat de médecine il part se spécialiser en ophtalmologie à Londres, loin de lui l’idée de succéder un jour à son père. Le destin va pourtant en décider autrement. Bassel est connu pour son amour des voitures de sport, une passion qu’il va payer cher. Le 21 janvier 1994, il se dirige vers l’aéroport de Damas au volant de sa Mercedes, comme souvent il roule trop vite mais cette fois-ci il sort de la route et se tue sur le coup. Certains croient toujours à la thèse de l’assassinat, la version officielle reste l’accident de la route. Une chose est sûre, cette tragédie n’était pas prévue dans les différents scénarii du patriarche Hafez el-Assad et elle va bouleverser le destin de Bachar.
Bachar est toujours à Londres lorsque son père le rappelle d’urgence en Syrie. Quitter l’Angleterre pour rejoindre son pays natal et prendre la suite de son frère ne l’enchante guère. C’est à Londres qu’il rencontre Asma al-Akhras, une Syrienne sunnite qui deviendra sa femme. C’est là-bas également qu’il va prendre goût à la vie occidentale, un trait de personnalité qui va lui valoir la bienveillance de la communauté internationale qui espère le voir réformer la très conservatrice société syrienne.
En attendant, lorsqu’il rentre en Syrie en 1994, Bachar n’est pas encore près à gouverner et il doit faire ses preuves. Oubliée l’ophtalmologie, son père l’envoie à l’académie militaire où il devient colonel en l’espace d’à peine cinq ans. C’est un passage obligé. L’armée est un pilier du régime tellement important qu’elle ne doit en aucun cas être négligée et Bachar a ainsi réussi à obtenir son respect.
Un néophyte qui apprend vite
Le retour de Bachar en Syrie marque aussi le début de son initiation aux arcanes de la politique syrienne. Son père veut faire de lui son successeur qui prolongera la dynastie des al-Assad et pour cela Bachar va devoir faire ses preuves. Pour s’imposer, il doit se faire sa place parmi les hommes forts du régime qui se verraient bien prendre la place d’Hafez.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à ce petit jeu, Bachar est plutôt doué et il apprend très vite. Exit les bonnes intentions de l’ophtalmologue qui aide son prochain, Bachar se transforme en requin de la politique et écarte coup sur coup son oncle, le frère de Hafez, Rifaat al-Assad et le vice-président Abdel Halim Khaddam.
Dès son accession au pouvoir à la mort de son père en 2000, Bachar incarne un espoir réformateur. Il se pose comme la figure de proue de la libéralisation du régime et de la lutte contre la corruption. Ces promesses séduiront les occidentaux en particulier Jacques Chirac qui sera le premier à le recevoir à l’Elysée en 2001. Des velléités réformatrices qui semblent aujourd’hui bien éloignées tant la répression est sans pitié actuellement en Syrie.
Une telle violence correspond mal au caractère de Bachar al-Assad même si pour certains, il ne fait que reproduire la stratégie qu’a utilisée son père pour mater l’insurrection de Hama en 1982. Pour d'autres, il n'est que la marionnette du régime. Ce serait son frère, Maher, le chef de la garde présidentielle, et sa sœur Bouchra qui tireraient les ficelles en coulisse. Difficile de démêler le vrai du faux mais force est de constater que malgré ses dissensions, le clan al-Assad fait bloc. C'est en tout cas un drôle d'itinéraire que celui de Bachar, un dictateur-ophtalmologue qui mène une répression aveugle.