mardi 27 décembre 2011

Moi, Bachar, dictateur par hasard...


Le personnage semble réservé, effacé, presque introverti. Rien à voir avec un Kadhafi ou un Saddam Hussein. Pourtant, la révolte syrienne risque de réserver le même sort à Bachar al-Assad que celui qu’ont subit ses défunts «collègues». Son caractère posé et réfléchi pourrait presque laisser penser qu’il s’agit d’un despote éclairé mais cela fait pourtant près de neuf mois, depuis le début de la contestation populaire en Syrie, qu’il est rangé par les médias au même niveau que les Ben Ali, Moubarak et consorts.

Bachar al-Assad a une trajectoire particulière. Contrairement à la plupart des dictateurs du monde arabe il n’a pas pris le pouvoir par la force mais par népotisme. Et quand bien même, Bachar n’est qu’un plan B, il n’aurait jamais du accéder au pouvoir. C’est Bassel, son frère aîné de quatre ans qui a été choisi par leur père Hafez pour lui succéder. Bassel a été programmé pour prendre le pouvoir, il est charismatique, turbulent et viril, tout le contraire de son frère qui s’accomode plutôt bien de cette répartition des rôles qui lui permet de rester dans l’ombre et de vivre sa vie.

La sortie de route qui bouleverse son destin

Bachar imagine certainement que sa vie est déjà toute tracée. Après son doctorat de médecine il part se spécialiser en ophtalmologie à Londres, loin de lui l’idée de succéder un jour à son père. Le destin va pourtant en décider autrement. Bassel est connu pour son amour des voitures de sport, une passion qu’il va payer cher. Le 21 janvier 1994, il se dirige vers l’aéroport de Damas au volant de sa Mercedes, comme souvent il roule trop vite mais cette fois-ci il sort de la route et se tue sur le coup. Certains croient toujours à la thèse de l’assassinat, la version officielle reste l’accident de la route. Une chose est sûre, cette tragédie n’était pas prévue dans les différents scénarii du patriarche Hafez el-Assad et elle va bouleverser le destin de Bachar.

Bachar est toujours à Londres lorsque son père le rappelle d’urgence en Syrie. Quitter l’Angleterre pour rejoindre son pays natal et prendre la suite de son frère ne l’enchante guère. C’est à Londres qu’il rencontre Asma al-Akhras, une Syrienne sunnite qui deviendra sa femme. C’est là-bas également qu’il va prendre goût à la vie occidentale, un trait de personnalité qui va lui valoir la bienveillance de la communauté internationale qui espère le voir réformer la très conservatrice société syrienne.

En attendant, lorsqu’il rentre en Syrie en 1994, Bachar n’est pas encore près à gouverner et il doit faire ses preuves. Oubliée l’ophtalmologie, son père l’envoie à l’académie militaire où il devient colonel en l’espace d’à peine cinq ans. C’est un passage obligé. L’armée est un pilier du régime tellement important qu’elle ne doit en aucun cas être négligée et Bachar a ainsi réussi à obtenir son respect.

Un néophyte qui apprend vite

Le retour de Bachar en Syrie marque aussi le début de son initiation aux arcanes de la politique syrienne. Son père veut faire de lui son successeur qui prolongera la dynastie des al-Assad et pour cela Bachar va devoir faire ses preuves. Pour s’imposer, il doit se faire sa place parmi les hommes forts du régime qui se verraient bien prendre la place d’Hafez.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à ce petit jeu, Bachar est plutôt doué et il apprend très vite. Exit les bonnes intentions de l’ophtalmologue qui aide son prochain, Bachar se transforme en requin de la politique et écarte coup sur coup son oncle, le frère de Hafez, Rifaat al-Assad et le vice-président Abdel Halim Khaddam.

Dès son accession au pouvoir à la mort de son père en 2000, Bachar incarne un espoir réformateur. Il se pose comme la figure de proue de la libéralisation du régime et de la lutte contre la corruption. Ces promesses séduiront les occidentaux en particulier Jacques Chirac qui sera le premier à le recevoir à l’Elysée en 2001. Des velléités réformatrices qui semblent aujourd’hui bien éloignées tant la répression est sans pitié actuellement en Syrie.

Une telle violence correspond mal au caractère de Bachar al-Assad même si pour certains, il ne fait que reproduire la stratégie qu’a utilisée son père pour mater l’insurrection de Hama en 1982. Pour d'autres, il n'est que la marionnette du régime. Ce serait son frère, Maher, le chef de la garde présidentielle, et sa sœur Bouchra qui tireraient les ficelles en coulisse. Difficile de démêler le vrai du faux mais force est de constater que malgré ses dissensions, le clan al-Assad fait bloc. C'est en tout cas un drôle d'itinéraire que celui de Bachar, un dictateur-ophtalmologue qui mène une répression aveugle.

lundi 19 décembre 2011

Rabee Alhayek : «Nous attendons de la France qu’elle sanctionne le régime de Bachar»


Rabee Alhayek travaille en France depuis 7 ans en tant qu’ingénieur et est aussi un militant actif du collectif Souria Houria qui fait campagne depuis plusieurs mois pour alerter l’opinion française de la situation en Syrie.

Dans quel but vous et vos amis syriens vivant en France avez-vous décidé de créer le collectif Souria Houria?
Nous avons décidé de créer Souria Houria pour promouvoir la cause syrienne en France et dénoncer les exactions du régime de Bachar Al-Assad. Chaque samedi, nous organisons une manifestation place du Châtelet à Paris, une place où nous avons également manifesté tous les jours durant le mois d’août. Cela a été un bon moyen pour nous de médiatiser notre combat car si les journalistes avaient besoin d’informations sur la Syrie, ils savaient où nous trouver.

Quel est l’intérêt pour vous en tant que Syriens installés en France de manifester contre une situation qui se déroule à plusieurs milliers de kilomètres d’ici?
L’objectif principal c’est de faire le pont entre ce qui se passe en Syrie et la communauté internationale. Même si Internet reste très contrôlé par le régime de Bachar, on arrive à avoir pas mal de contacts avec les insurgés via Twitter ou Facebook car il existe des logiciels pour contourner la censure. Par notre action, on veut aussi faire pression sur le gouvernement français pour qu’il prenne des mesures plus dures contre le régime syrien.

Une intervention militaire de l’OTAN comme cela a été fait en Libye vous semble envisageable?
Non, nous ne voulons pas d’une intervention militaire. Nous attendons de la France qu’elle sanctionne le régime de Bachar. Des sanctions économiques pourraient très rapidement asphyxier la dictature. Des entreprises occidentales telles que Total ou Shell continuent d’exploiter le pétrole syrien et ce que nous demandons c’est que ces entreprises cessent leur activité jusqu’au départ de Bachar Al-Assad. Nous voudrions aussi que des entreprises comme Blue Coat arrête de vendre des logiciels espions qui permettent au régime syrien en place de contrôler Internet.

On a beaucoup parlé dans le courant du mois d’août d’agressions contre les militants anti-Bachar par les pro-Bachar à Paris. Avez-vous assisté à ces affrontements?
Oui tout à fait, j’étais parmi les militants qui se sont fait agresser par des pro-Bachar. Deux de mes compagnons se sont retrouvés à l’hôpital et cette action était clairement pilotée par le régime. Nous avons pu parler avec deux policiers chargés de l’enquête et ils nous ont confié que deux des trois agresseurs disposaient d’un passeport diplomatique. C’est classique de la part de la dictature syrienne. Dans tous les pays du monde, les militants contre le régime subissent ce genre d’actions. Le musicien syrien Malek Gendali a joué récemment à New-York le morceau «Watani» qui signifie «notre peuple» et des miliciens à la solde de Bachar sont allés chez ses parents en Syrie pour les passer à tabac. Par ce genre d’action le régime fait passer un message : «Nous sommes toujours là et nous ne céderons pas». Mais les insurgés sont là aussi et ils commencent à s’organiser en particulier avec l’Armée Libre Syrienne.

Justement, avec la création de l’ALS, n’avez-vous pas peur que la Syrie bascule dans la guerre civile?
Vous savez, la contestation a commencé depuis plus de 8 mois maintenant alors vient un moment où il faut agir. L’ALS est formée de soldats déserteurs et son but principal est de protéger les civils et de se défendre contre l’armée de Bachar mais pas d’attaquer. Je sais que l’Armée Libre a récemment attaqué une caserne de l’armée mais je pense que c’était plus un moyen de faire passer un message, en tout cas je le souhaite.

Vous vivez en France depuis 7 ans mais si Bachar Al-Assad finit par quitter le pouvoir, envisageriez-vous de rentrer en Syrie pour reconstruire le pays comme beaucoup de Tunisiens ont pu le faire après le départ de Ben Ali?
Une majorité de Syriens ont quitté le pays à cause du régime en place, j’en fais d’ailleurs partie. Je serais donc parfaitement disposé à repartir en Syrie après la chute de Bachar pour apporter mon aide. Beaucoup de mes compagnons de Souria Houria sont dans le même état d’esprit mais pour le moment nous n’en sommes malheureusement pas encore là.