Rabee Alhayek travaille en France depuis 7 ans en tant qu’ingénieur et est aussi un militant actif du collectif Souria Houria qui fait campagne depuis plusieurs mois pour alerter l’opinion française de la situation en Syrie.
Dans quel but vous et vos amis syriens vivant en France avez-vous décidé de créer le collectif Souria Houria?
Nous avons décidé de créer Souria Houria pour promouvoir la cause syrienne en France et dénoncer les exactions du régime de Bachar Al-Assad. Chaque samedi, nous organisons une manifestation place du Châtelet à Paris, une place où nous avons également manifesté tous les jours durant le mois d’août. Cela a été un bon moyen pour nous de médiatiser notre combat car si les journalistes avaient besoin d’informations sur la Syrie, ils savaient où nous trouver.
Quel est l’intérêt pour vous en tant que Syriens installés en France de manifester contre une situation qui se déroule à plusieurs milliers de kilomètres d’ici?
L’objectif principal c’est de faire le pont entre ce qui se passe en Syrie et la communauté internationale. Même si Internet reste très contrôlé par le régime de Bachar, on arrive à avoir pas mal de contacts avec les insurgés via Twitter ou Facebook car il existe des logiciels pour contourner la censure. Par notre action, on veut aussi faire pression sur le gouvernement français pour qu’il prenne des mesures plus dures contre le régime syrien.
Une intervention militaire de l’OTAN comme cela a été fait en Libye vous semble envisageable?
Non, nous ne voulons pas d’une intervention militaire. Nous attendons de la France qu’elle sanctionne le régime de Bachar. Des sanctions économiques pourraient très rapidement asphyxier la dictature. Des entreprises occidentales telles que Total ou Shell continuent d’exploiter le pétrole syrien et ce que nous demandons c’est que ces entreprises cessent leur activité jusqu’au départ de Bachar Al-Assad. Nous voudrions aussi que des entreprises comme Blue Coat arrête de vendre des logiciels espions qui permettent au régime syrien en place de contrôler Internet.
On a beaucoup parlé dans le courant du mois d’août d’agressions contre les militants anti-Bachar par les pro-Bachar à Paris. Avez-vous assisté à ces affrontements?
Oui tout à fait, j’étais parmi les militants qui se sont fait agresser par des pro-Bachar. Deux de mes compagnons se sont retrouvés à l’hôpital et cette action était clairement pilotée par le régime. Nous avons pu parler avec deux policiers chargés de l’enquête et ils nous ont confié que deux des trois agresseurs disposaient d’un passeport diplomatique. C’est classique de la part de la dictature syrienne. Dans tous les pays du monde, les militants contre le régime subissent ce genre d’actions. Le musicien syrien Malek Gendali a joué récemment à New-York le morceau «Watani» qui signifie «notre peuple» et des miliciens à la solde de Bachar sont allés chez ses parents en Syrie pour les passer à tabac. Par ce genre d’action le régime fait passer un message : «Nous sommes toujours là et nous ne céderons pas». Mais les insurgés sont là aussi et ils commencent à s’organiser en particulier avec l’Armée Libre Syrienne.
Justement, avec la création de l’ALS, n’avez-vous pas peur que la Syrie bascule dans la guerre civile?
Vous savez, la contestation a commencé depuis plus de 8 mois maintenant alors vient un moment où il faut agir. L’ALS est formée de soldats déserteurs et son but principal est de protéger les civils et de se défendre contre l’armée de Bachar mais pas d’attaquer. Je sais que l’Armée Libre a récemment attaqué une caserne de l’armée mais je pense que c’était plus un moyen de faire passer un message, en tout cas je le souhaite.
Vous vivez en France depuis 7 ans mais si Bachar Al-Assad finit par quitter le pouvoir, envisageriez-vous de rentrer en Syrie pour reconstruire le pays comme beaucoup de Tunisiens ont pu le faire après le départ de Ben Ali?
Une majorité de Syriens ont quitté le pays à cause du régime en place, j’en fais d’ailleurs partie. Je serais donc parfaitement disposé à repartir en Syrie après la chute de Bachar pour apporter mon aide. Beaucoup de mes compagnons de Souria Houria sont dans le même état d’esprit mais pour le moment nous n’en sommes malheureusement pas encore là.
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